Cinéma / Parole #28. Thomas Jenkoe

Sans renier l'influence ou la pensée propre au cinéma, Thomas Jenkoe avoue puiser davantage du côté de la photographie ou de la littérature pour nourrir son travail. Aussi est-ce tout naturellement qu'Une Passion est la réunion de deux sources distinctes : une série de photos prises à l'iPhone, pendant une période éprouvante pour le réalisateur, et un ensemble de versets emprunté au Nouveau Testament, qui disent l'agonie, la mort puis la résurrection de Jésus. 


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Corbeaux de Bouchra Ouizguen

Un râle douloureux monte de ces corps massifs, rythmé par le souffle qui trahit un état porté au delà de l’épuisement. La nuque est secouée vigoureusement, d’avant en arrière, selon une technique qui favorise la transe. Mais chez les comparses de longue date de Bouchra Ouizguen, le mouvement part de beaucoup plus loin, trouve son origine dans le bassin, mobilise les bras et fait frémir les chairs.


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Tête de chien de Tommy Weber

Tête de chien est un film sur la revenance. C'est aussi l'histoire d'un homme dont la principale activité est de promener un chien et qui devient chien lui-même (c'est-à-dire cynique). Cette permutabilité semble régir tout le récit – les vivants et les morts échangent leurs rôles : c'est le mort qui poursuit le vif pour lui enjoindre de le « laisser partir ».


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Jocs de paraules de Erik Bullot

 L'exposition Jocs de paraules ("Jeux de mots", en catalan) présentée au Museu de pintura de Sant Pol de Mar prolonge le travail d'Erik Bullot, qui depuis les années 80 explore les passages et transcodages du visuel et du verbal. Jocs de paraules assemble des œuvres sur divers supports, mais toutes orientées vers cet entrelacement du mot et de l'image, qui a pour point de fuite une vision ouverte du cinéma : y sont présentés des films sur support vidéo, des photographies, et des "films papier", soit des feuillets où sont réunis des textes originaux ou des citations et des images trouvées, sortes de scénarios conceptuels de films réels ou virtuels (mais tout film est en quelque sorte virtuel, c'est là le fil conducteur de l'exposition).


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Postérieurs (le futur n’existe pas mais des futurs insistent) de Pauline Simon

Laissons nous prendre par l’espace sans cesse reconfiguré, mouvant et aux propriétés diffuses, de la nouvelle création de Pauline Simon, tout en gardant à l’esprit le sous-titre de la pièce, qui fait directement référence aux recherches du philosophe Elie During dans le sillage d’Henri Bergson. La jeune chorégraphe s’entoure de trois collaboratrices. Ensemble elles écrivent un récit sinueux, non-euclidien, protéiforme, au souffle cosmogonique, qui embrasse la fin des temps tout en étant profondément ancré dans l’ici et maintenant de la relation immédiate avec les spectateurs.


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Handsworth Songs du Black Audio Film Collective

Handsworth Songs (1987) est le second film du Black Audio Film Collective, dirigé par John Akomfrah. Cet essai documentaire explore, à partir de faits d'actualité – les émeutes des minorités noires ayant eu lieu à Handsworth, Birmingham, en septembre 1985 - un imaginaire colonial conçu comme hantise, en agençant un faisceau de discours et de représentations qui traduisent la complexité de l'identité diasporique qui s'est alors exprimée par la violence. Plutôt que de faire directement le récit des révoltes, le film voit le présent comme traversé par une multiplicité de récits : « Il n'y a pas d'histoires dans les révoltes, seulement les fantômes d'autres histoires », entend-t-on à plusieurs reprises au cours du métrage.


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UJAMAA de Kapwani Kiwanga

Le parti pris de l’exposition monographique de Kapwani Kiwanga au Centre d’art contemporain La Ferme du Buisson est radical. Il entretisse des temporalités hétéroclites pour étoffer cette passionnante réflexion que l’artiste mène sur le pouvoir des croyances, sur les territoires mouvants où le magique et les savoirs vernaculaires côtoient les utopies sociales, la propagande et la volonté politique.


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Tout est affaire de décor de Pierre Ardouvin

Dans la lumière cruelle du jour filtrant dans le hall du MAC/VAL, de lourds canapés fatigués, décrépis, aux ressorts qui menacent de déchirer les tissus rongés jusqu’à la trame, font leur manège sur les accords des Quatre Saisons d’Antonio Vivaldi. Leur lente révolution permet d’embrasser d’un regard circulaire quelques éléments épars, artificiels et domestiqués, d’un paysage générique. Ainsi le Soleil couchant (2005), tout en néon et plexiglas, ou encore le Ruisseau (2005), avec ses rochers en plastique et sa pompe au bord de l’épuisement qui entraine l’eau dans un circuit fermé.


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Stephen Dwoskin : La grande mannequin cherche et trouve sa peau de Rochelle Fack

Le livre, qui parcourt de façon fort complète la filmographie de Dwoskin, s'articule autour de différents motifs et portes d'entrée. Il mobilise tant l'analyse formelle (l'esthétique de Dwoskin reposerait sur la « coupe qui relie » ) que thématique : notamment la relation dialectique de l'amour et de la fiction (Rochelle Fack, inspirée par Bataille, parle de la « concurrence entre fiction et angoisse que l'être aimé inspire ») présentée dans le cycle de long métrages que le cinéaste réalisa avec ses différentes compagnes entre 1969 et 1976, où l'esthétique de ses premiers films qui sont des portraits dépourvus de tout contenu narratif hors de la présence du modèle et de son interaction avec la caméra, est mise en tension avec une certaine dramaturgie.


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Informe general de Pere Portabella : Dialogue, dialectique, devenir

Le festival de Lussas présente cette année Informe general de Pere Portabella. Dans ses documentaires politiques, le cinéaste expérimente une dialectique subtile entre l'image et le discours. Ce n’est pas seulement le personnage présent à l’écran qui verra sa parole (son statut) altérée ; c’est aussi la nature même de la voix-off, telle qu’elle se définissait habituellement dans le cinéma documentaire et dont le NO-DO (les films d'actualités produits par le régime franquiste) donne un bon exemple, qui sera transformé et subverti. La voix-off, qui est habituellement dans le documentaire une « voix sans sujet » comme disait François Niney, est ici subjectivée, personnalisée, mais ouverte aussi au domaine de l’intersubjectif. 


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