Postérieurs (le futur n’existe pas mais des futurs insistent) de Pauline Simon

Laissons nous prendre par l’espace sans cesse reconfiguré, mouvant et aux propriétés diffuses, de la nouvelle création de Pauline Simon, tout en gardant à l’esprit le sous-titre de la pièce, qui fait directement référence aux recherches du philosophe Elie During dans le sillage d’Henri Bergson. La jeune chorégraphe s’entoure de trois collaboratrices. Ensemble elles écrivent un récit sinueux, non-euclidien, protéiforme, au souffle cosmogonique, qui embrasse la fin des temps tout en étant profondément ancré dans l’ici et maintenant de la relation immédiate avec les spectateurs.


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Handsworth Songs du Black Audio Film Collective

Handsworth Songs (1987) est le second film du Black Audio Film Collective, dirigé par John Akomfrah. Cet essai documentaire explore, à partir de faits d'actualité – les émeutes des minorités noires ayant eu lieu à Handsworth, Birmingham, en septembre 1985 - un imaginaire colonial conçu comme hantise, en agençant un faisceau de discours et de représentations qui traduisent la complexité de l'identité diasporique qui s'est alors exprimée par la violence. Plutôt que de faire directement le récit des révoltes, le film voit le présent comme traversé par une multiplicité de récits : « Il n'y a pas d'histoires dans les révoltes, seulement les fantômes d'autres histoires », entend-t-on à plusieurs reprises au cours du métrage.


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UJAMAA de Kapwani Kiwanga

Le parti pris de l’exposition monographique de Kapwani Kiwanga au Centre d’art contemporain La Ferme du Buisson est radical. Il entretisse des temporalités hétéroclites pour étoffer cette passionnante réflexion que l’artiste mène sur le pouvoir des croyances, sur les territoires mouvants où le magique et les savoirs vernaculaires côtoient les utopies sociales, la propagande et la volonté politique.


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Tout est affaire de décor de Pierre Ardouvin

Dans la lumière cruelle du jour filtrant dans le hall du MAC/VAL, de lourds canapés fatigués, décrépis, aux ressorts qui menacent de déchirer les tissus rongés jusqu’à la trame, font leur manège sur les accords des Quatre Saisons d’Antonio Vivaldi. Leur lente révolution permet d’embrasser d’un regard circulaire quelques éléments épars, artificiels et domestiqués, d’un paysage générique. Ainsi le Soleil couchant (2005), tout en néon et plexiglas, ou encore le Ruisseau (2005), avec ses rochers en plastique et sa pompe au bord de l’épuisement qui entraine l’eau dans un circuit fermé.


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Stephen Dwoskin : La grande mannequin cherche et trouve sa peau de Rochelle Fack

Le livre, qui parcourt de façon fort complète la filmographie de Dwoskin, s'articule autour de différents motifs et portes d'entrée. Il mobilise tant l'analyse formelle (l'esthétique de Dwoskin reposerait sur la « coupe qui relie » ) que thématique : notamment la relation dialectique de l'amour et de la fiction (Rochelle Fack, inspirée par Bataille, parle de la « concurrence entre fiction et angoisse que l'être aimé inspire ») présentée dans le cycle de long métrages que le cinéaste réalisa avec ses différentes compagnes entre 1969 et 1976, où l'esthétique de ses premiers films qui sont des portraits dépourvus de tout contenu narratif hors de la présence du modèle et de son interaction avec la caméra, est mise en tension avec une certaine dramaturgie.


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Informe general de Pere Portabella : Dialogue, dialectique, devenir

Le festival de Lussas présente cette année Informe general de Pere Portabella. Dans ses documentaires politiques, le cinéaste expérimente une dialectique subtile entre l'image et le discours. Ce n’est pas seulement le personnage présent à l’écran qui verra sa parole (son statut) altérée ; c’est aussi la nature même de la voix-off, telle qu’elle se définissait habituellement dans le cinéma documentaire et dont le NO-DO (les films d'actualités produits par le régime franquiste) donne un bon exemple, qui sera transformé et subverti. La voix-off, qui est habituellement dans le documentaire une « voix sans sujet » comme disait François Niney, est ici subjectivée, personnalisée, mais ouverte aussi au domaine de l’intersubjectif. 


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Typographie et cinéma de Lionel Orient Dutrieux

L'écrit est une composante capitale de l'image cinématographique, et du cinéma dans son ensemble comme phénomène social et communicationnel. Le livre de Dutrieux a le mérite de se focaliser sur un aspect de l'écrit bien spécifique, la typographie, qu'il expose dans son histoire et dont il situe bien les différents enjeux tant esthétiques que médiatiques et économiques.


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Stan Brakhage : écriture et poétique du corps

Stan Brakhage est l'un des cinéastes expérimentaux les plus importants, aussi bien qualitativement que quantitativement : entre 1952 et 2004, il a réalisé un peu plus de 300 films, pour la plupart des court métrages. Dans son ensemble, la démarche cinématographique de Brakhage est orientée par une recherche de la pure visualité, ou comme le disait André Parente parlant d'un « cinéma matière », d'un état où « l'oeil n'est plus distinct des choses »  : le film s'offre comme une expérience visionnaire dépassant les constructions verbales et rationnelles, qui conditionnent aussi la vision. Elle n'exclut pas cependant un usage du texte et des sources littéraires ancré dans cette corporéité.


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J'ai mis neuf ans en ligne de Frédéric Danos : Un film sur le fil

 Frédéric Danos commence par réaliser des films de fiction, mais se sent poussé vers le documentaire par un désir d'interroger le réel et le rapport à l'autre. C'est là le point de départ du récit documentaire et performatif (mais ne pourrait-on pas aussi bien parler tout simplement de film ?) J'ai mis neuf ans à ne pas terminer, qui se scindera en de nombreux faisceaux et embranchements. L'inachèvement dont Danos fait état n'est pas ici une impuissance, mais plutôt la reconnaissance du réel comme non-fini, comme processus ouvert à la discussion, à la potentialité. C'est dans ce sens une évolution logique du film, d'abord présenté sous une forme que l'on pourrait dire scénique (le cinéaste, présent dans la salle, devant l'écran, commente les neuf séquences du film qu'il va projeter une à une), que d'être proposé depuis juin sous forme de visionnage sur internet guidé par téléphone.


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Michaux et le cinéma de Anne-Elisabeth Halpern

Cet ouvrage fait partie d'une collection consacrée aux rapports entretenus entre les écrivains, notamment poètes, et le cinéma (« Le cinéma des poètes ») : outre Michaux, il existe à ce jour des volumes consacrés à Breton, Benjamin Fondane ou Queneau, mais aussi à Duras, Epstein ou Jacques Brunius. Ce parti pris éditorial permet non seulement d'explorer le territoire fécond des échanges entre littérature et cinéma (car les écrivains n'ont pas seulement parlé de films : le cinéma a marqué en retour leur écriture), mais aussi d'en appeler à un cinéma de poésie, et à saisir par ailleurs la part constitutive du spectateur dans l'expérience poétique du film. 


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