Fondation Kadist : Recouvrir, ensabler, copier, traduire, restituer

Du Mexique au Philippines en passant par Londres, Athènes ou encore la Syrie, les artistes réunis par Emilie Villez et Sophie Potelon à la Fondation Kadist s’intéressent aux multiples vies des artefacts, empruntent les outils des archéologues et des historiens, engagent des recherches qui déplient les différentes temporalités à l’œuvre au fil des parcours de ces objets témoins. Les écarts se montrent prodigieusement fertiles entre l’impassibilité des marbres et l’immédiateté du geste chorégraphique, entre l’urgence furtive des slogans inscrits à même les murs d’une capitale et la stabilité harmonieuse des cités utopiques imaginées à la Renaissance, entre le silence protecteur des sables du désert et la fulgurance de la furie destructrice d’un conflit armé. En creux se dessinent des métamorphoses physiques, des circulations sémantiques et juridiques, des rapports de forces – à la fois symboliques, matériels et géostratégiques – terriblement actuels.   

 

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Mel O’Callaghan : Dangerous on-the-way

La descente est vertigineuse. Ce travelling vertical nous entraine dans le secret des strates minérales. La poésie compacte des titres des projets plus anciens menés par l’artiste en Australie nous revient à l’esprit : Each Mineral Flake Of That Night Filled Mountain (2011), Each Atom Of That Stone In Itself Forms A World (2010). La fluidité du mouvement et l’abstraction de l’image nous font perdre pied. Il y va d’une plongée dans les profondeurs de la matière géologique mais aussi visuelle. L’amorce sensorielle de Dangerous on-the-way est redoutable : face à cette projection qui investit toute une paroi de l’espace sombre imaginée par Mel O’Callaghan au cœur de son exposition au Palais de Tokyo, le sol commence à se dérober, nous nous retrouvons comme en apesanteur.


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Tell me the story of all these things. Beginning wherever you wish, tell even us.

Le titre de l'exposition et les citations qui en tracent le parcours sont empruntées au roman autobiographique de Theresa Hak Kyung Cha, Dictée, qui évoque son expérience de l'exil à travers un dense réseau intertextuel et une expérimentation sur les rapports du texte à l'image. Les différentes œuvres présentées s'articulent autour de ces questions reprises dans le travail d'une autre artiste Coréenne, Sojung Jun, en résidence à la Villa Vassilieff. A travers des œuvres très diverses mais partageant l'interrogation sur l'identité culturelle et le dépassement des frontières autant culturelles que perceptives, l'exposition déploie une image et un discours de la multiplicité.


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Chantal Akerman / Maniac Shadows

La voix rauque au timbre si caractéristique de Chantal Akerman résonne dans les espaces du Centre d'art contemporain La Ferme du Buisson. Julie Pellegrin a souhaité axer cette exposition monographique autour de la présence de la cinéaste disparue récemment et brutalement. Le projet était en discussion depuis un petit moment déjà.


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Dioramas de Laurent Montaron

L'exposition Dioramas de Laurent Montaron présentée jusqu'au 7 janvier à la Fondation Ricard se scinde en deux parties, auxquelles l'on accède par deux bâtiments différents. Cette dispersion spatiale se double d'une distance établie entre les deux espaces présentés et le spectateur. Dans les deux cas, une vitre et un cadre nous tiennent à distance, comme dans les dioramas qui donnent leur nom à l'exposition. L'espace qui ne peut plus être parcouru mais seulement vu devient image : devenir image à l'époque de la reproduction technique, ce n'est pas seulement briser l'unité de l'espace, mais rentrer dans un temps suspendu, susceptible d'être répété à l'infini.


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Jocs de paraules de Erik Bullot

 L'exposition Jocs de paraules ("Jeux de mots", en catalan) présentée au Museu de pintura de Sant Pol de Mar prolonge le travail d'Erik Bullot, qui depuis les années 80 explore les passages et transcodages du visuel et du verbal. Jocs de paraules assemble des œuvres sur divers supports, mais toutes orientées vers cet entrelacement du mot et de l'image, qui a pour point de fuite une vision ouverte du cinéma : y sont présentés des films sur support vidéo, des photographies, et des "films papier", soit des feuillets où sont réunis des textes originaux ou des citations et des images trouvées, sortes de scénarios conceptuels de films réels ou virtuels (mais tout film est en quelque sorte virtuel, c'est là le fil conducteur de l'exposition).


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UJAMAA de Kapwani Kiwanga

Le parti pris de l’exposition monographique de Kapwani Kiwanga au Centre d’art contemporain La Ferme du Buisson est radical. Il entretisse des temporalités hétéroclites pour étoffer cette passionnante réflexion que l’artiste mène sur le pouvoir des croyances, sur les territoires mouvants où le magique et les savoirs vernaculaires côtoient les utopies sociales, la propagande et la volonté politique.


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Tout est affaire de décor de Pierre Ardouvin

Dans la lumière cruelle du jour filtrant dans le hall du MAC/VAL, de lourds canapés fatigués, décrépis, aux ressorts qui menacent de déchirer les tissus rongés jusqu’à la trame, font leur manège sur les accords des Quatre Saisons d’Antonio Vivaldi. Leur lente révolution permet d’embrasser d’un regard circulaire quelques éléments épars, artificiels et domestiqués, d’un paysage générique. Ainsi le Soleil couchant (2005), tout en néon et plexiglas, ou encore le Ruisseau (2005), avec ses rochers en plastique et sa pompe au bord de l’épuisement qui entraine l’eau dans un circuit fermé.


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Caroline Culand-Cassel, Loredana Rancatore : Fois deux

Entre l'oeuvre de Loredana Rancatore et celle de Caroline Cassel, c'est comme si la sculpture et la peinture en se rencontrant échangeaient leurs propriétés.


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Raoul Ruiz : 'L’Expulsion des Maures' et l’espacement du livre

Le livre des tractations / Le livre des disparitionspublié en 1990 par l’éditeur Dis Voir, a été conçu en lien avec une installation multimédia nommée « L’Expulsion des Maures», que Raoul Ruiz présenta entre 1990 et 1991 en divers lieux : l’Institute of Contemporary Art de Boston, le Santa Barbara Contemporary Art Forum, l’IVAM de Valence, le Jeu de Paume à Paris et enfin le centre Witte de With à Rotterdam. Après avoir assisté à la mise en scène théâtrale que fit Ruiz de La vie est un songe, Jean-Paul Farge aurait déclaré que ce n’était pas du théâtre, mais une installation, ce qui donna à Ruiz l’idée d’explorer ce médium. Ruiz place ainsi cette œuvre dans une zone intermédiaire entre le théâtre et le cinéma. La pratique de l’installation devient le lieu d’une expérience intermédiale, où les propriétés des différents arts en viennent à s’échanger : « Faire parler l’espace pose un problème théâtral et cinématographique à la fois. En travaillant sur ces installations on arrive à comprendre le cinéma théâtralement et le théâtre cinématographiquement ». De cette expérience de l’espace naîtra un livre lui aussi spatialisé.


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