Tinselwood de Marie Voignier

Tinselwood est sans doute un peu plus un film sur un lieu que sur les liens entre ses habitants, puisque la relation à ses protagonistes ne provoque pas de croisements clairs, plutôt un éparpillement, du dispars (sans disparition, toutefois). Ce lieu est la forêt primaire en lisière du Sud-Est camerounais ; il est question, à travers la parole de quelques travailleurs, de son histoire coloniale (allemande à la fin du dix-neuvième siècle, puis française après la première guerre mondiale), de l’exploitation des ressources naturelles, des richesses, de la dévastation d’une économie, mais aussi de croyances ancestrales qui persistent à travers une sorcellerie qui bricole avec le milieu végétal.


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Contrariété de la matière : Nous ne serons plus jamais seuls de Yann Gonzalez

« La matière ou l'étendue renferme en elle deux propriétés ou deux facultés : la première faculté est celle de recevoir différentes figures, et la seconde est la capacité d'être mue. » 

Nous ne serons plus jamais seuls, court-métrage de Yann Gonzalez, met en scène une fête d’adolescents et les évènements qui la jalonnent, de l’amour à la danse, jusqu’à un dénouement fantastique. Un plan retient particulièrement mon attention : celui de l’apparition d’une danseuse, faisant évènement par sa rupture dans le déroulement de la séquence.


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L'Héroïque Lande - La Frontière brûle de Nicolas Klotz & Elisabeth Perceval

Si L'Héroïque Lande résiste à une écriture rapide, peu ou prou journalistique, ce n’est pas tant parce que le film impose une admiration intimidante, par son ampleur ou encore parce qu’il aurait pour unique visée « le subi ». D’ailleurs, le film ne vise pas, même juste, il reçoit, accueille, selon une inversion proprement cinématographique de la construction du regard et de l’écoute. La raison de la difficulté de rendre ainsi compte du film est beaucoup plus aimable, puissante et heureuse — ce qui est l’exact inverse de se jouer du malheur et de la misère tragique des jeunes gens que le film sait écouter et frôler dans la Jungle de Calais : le film de Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval expose des singularités quelconques.


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Also Known as Jihadi d'Eric Baudelaire

Les plans sont ceux de lieux, d’un repérage qui serait non pas l’avant du film, mais le film en tant que tel. Il convoque ainsi encore une fois la méthode Adachi, celle d'A.K.A. Serial Killer. Les plans de lieux, sans figure principale, sont le fond d’un film, avec un tremblement continu du cadre, une imperfection flottante du non finito.


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Va, Toto! de Pierre Creton

Madeleine vit à la campagne entourée de poules, d’un vieux chien et de Toto ; sans doute a-t-elle au moins 75 ans, sa chevelure grise n’a jamais besoin d’un apprêt forcé. Il faut dire que Madeleine a décidé de faire d’un sanglier son compagnon, d’élever ce « Toto » au biberon, qu’il tète "comme un cochon"...


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L'intervalle de résonance : l'événement cinéma

« Pour œuvrer le monde, il ne se modèle pas en présentation ou en représentation des choses, il produit un intervalle qui fracture l'image et contrarie la ressemblance. » 

L’intervalle est un endroit de tous les endroits. Un creux qui se gonfle de tout ce qui, d’un bout à l’autre de l’idée, ne peut être véritablement saisi.


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Ouvrir l'image

Quelques films vus au festival Côté Court cette année proposent une expérience du cinéma comme image ouverte. Cette ouverture passe une corporétité de l'image comme mode d'incarnation et réfléchit sur l'origine en infléchissant le temps. Dans l'image ouverte, l'esprit se fait chair et la vision toucher : elle est la blessure ou la caresse du réel, l'altérité qui nous altère.


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Côté nouveaux médias : La Colonie

Le 29 mai, nous étions à La Colonie, pour présenter le projet d'ouverture aux formes émergentes du Festival Côté court. Pascale Cassagnau et la plupart des artistes programmés dans le cadre du projet curatorial intitulé "Effractions", sont venus échanger sur leurs pratiques respectives.


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Cinéma / Parole #36. Jacques Perconte

La pratique de Jacques Perconte est ouverte à la forme du paysage, et développe une dramatique qui se joue toujours dans des tensions chromatiques. La question qui inquiète Jacques Perconte est la suivante : comment dépasser cette dimension technique, somme toute assez banale, pour ressaisir la machine dans un travail personnel et singulier, où vient précisément s'abolir et disparaitre la technique en tant que telle. A cet égard, il est significatif que lorsqu'il réalise un film, Jacques Perconte commence toujours par le déplier et le dérouler, avant de n'y appliquer les effets de compression qui viendront transformer ce travail de montage. 


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Gil de Eva Giolo

« Vous aurez beau rapprocher à l’infini deux instants ou deux positions, le mouvement se fera toujours dans l’intervalle entre les deux, donc derrière votre dos » (Gilles Deleuze, Cinéma 1. L’image-mouvement).

Un nom. Des yeux.

Tout commence ici, dans cet intervalle incompressible qui s’annonce par le texte dès les premiers instants. La distance est écrite et le mouvement de fouille s’attrape dans son processus, commence et fini hors-champ. C’est une vague intime qui roule jusqu’à nous, mais s’en ira. Et seule l’écume en restera, assez pour en faire des mots.


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