Marlène Saldana & Jonathan Drillet : Le Sacre du Printemps arabe

Une épaisse fumée aux fragrances épicées remplit le Studio 3 du CND. L’atmosphère est très chargée, lourde – tout comme les sujets que Marlène Saldana et Jonathan Drillet s’apprêtent à apporter sur le plateau. De Gennevilliers à The Armory Show de New York, de Paris à Marseille en passant par la Suisse, sous le nom de code The United Patriotic Squadrons of Blessed Diana, les deux comparses bâtissent depuis plusieurs années déjà une œuvre haute en couleurs, débordante d’énergie, qui revendique une dimension spectaculaire particulièrement prononcée, pour mieux s’attaquer à des problématiques complexes, liées aux jeux géopolitiques et aux petites et grandes bassesses de la classe dominante.


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Alexandra Bachzetsis, Massacre : Variations on a theme

La ritournelle est écrite d’avance. Il y a quelque chose de très familier et pourtant de très efficace dans ses boucles envoutantes. Les deux pianos à jardin semblent avoir pris une troublante autonomie. Le plateau demeure vide, rectangle blanc minimaliste, terrain de latences et de possibles, surface de résonance qui amplifie les charges impérieuses de la partition de Tobias Koch. L’attente est potentialisée par les jeux de regard des spectateurs placés dans une disposition bi-frontale. La tension est déjà palpable quand Lenio Kaklea pénètre l’espace performatif.


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Rencontre avec Carole Douillard

The Viewers nous interpellaient par l’insistance de leur regard et de leur présence silencieuse dans les espaces du Palais de Tokyo ou encore du MAC/VAL. Dans le cadre d’une exposition dédiée à Yvonne Rainer au Centre d’art contemporain La Ferme du Buisson, Waiting Room nous plongeait dans l’atmosphère trouble d’un espace neutre respirant un certain désœuvrement masculin directement inspiré de la situation des Hittistes en Algérie. Carole Douillard travaille essentiellement dans le champ de la performance. Son exposition Le Corps du répertoire / Body of Index, fruit d’une résidence au sein du Centre des archives du Féminisme dans le cadre d’un projet soutenu à la fois par le Frac des Pays de la Loire et l'Université d'Angers, est encore visible jusqu’au 11 mars à la Galerie 5, alors que l’artiste est en train de préparer le tournage d’un film dont l’image sera signée par Babette Mangolte, figure incontournable de l’avant-garde cinématographique new-yorkaise des années 70. Rencontre autour du corps, du document et des problématiques liées au genre, lignes de force d’un travail qui s’impose par la justesse de son engagement plastique et politique.


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Gestes déplacés

Si le corps chorégraphique invente son propre espace à travers le geste, il se peut aussi que le geste déplace l'espace dans lequel il se déploie et élargisse par ailleurs son champ en intégrant une gestuelle qui peut relever du quotidien. La chorégraphie ne se situe pas alors comme une forme close dans un espace neutre, elle s'en empare, se déployant jusqu'à faire référence à un espace socio-économique qui tend à la normalisation, et propose une façon de voir et d'agir qui résiste à cette forme de contrôle comportemental.


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L'insistance des luttes de Dork Zabunyan

L'ouvrage de Dork Zabunyan, qui rassemble plusieurs articles et entretiens qu'il a pu proposer pour les Cahiers du cinéma ou Trafic, interroge la place et le mode opératoire de ces images amateurs réalisées dans le contexte de conflits sociaux, souvent afin d'infléchir leur déroulement et de le transformer en s'inscrivant dans un mouvement réticulaire qui les dépasse et les porte bien au-delà du lieu où elles se trouvent. 


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Five Year Diary de Anne Charlotte Robertson

Entre 1981 et 1997 Anne Charlotte Robertson réalise son Five Year Diary, composé de trente-huit bobines de super 8 qui dans leur intégralité composent une fresque du quotidien de plus d'une trentaine d'heures, couvrant non pas cinq mais quinze années de sa vie. La grande originalité de ce travail nous semble être le traitement du son, en l'occurrence de la voix. Le film présente deux sources sonores : une parole enregistrée sur le film pendant le tournage ou extraite d'enregistrements sonores réalisés parallèlement au tournage, et un commentaire ajouté a posteriori, parfois une dizaine d'années après. Cette voix dédoublée peut évoquer les troubles mentaux de la cinéaste qui fit plusieurs séjours en hôpital psychiatrique et qui souffre selon les experts de trouble bipolaire. Lors des projections du journal auxquelles elle assistait elle rajoutait parfois une troisième couche sonore en commentant le film en direct.


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Le cinéaste au travail : Autoportraits de Muriel Tinel-Temple

Cet ouvrage interroge la spécificité filmique de l'autoportrait, en abordant notamment des films de cinéastes renommés, mais aussi des œuvres moins illustres appartenant au champ du cinéma expérimental :  « contrairement à l'autobiographe ou au diariste, l'autoportraitiste ne met pas (seulement) en avant son identité sociale et l'histoire de sa vie passée ou présente, mais plutôt sa position de cinéaste. Il tente en effet de se représenter à un instant donné de son travail quand se pose la question : qu'en est-il de moi maintenant dans le cinéma ?  ». 


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Le Parc de Damien Manivel

En découvrant les premiers courts-métrages de Damien Manivel, dont le second long sorti récemment en salle Le Parc prolonge les beautés tout en ouvrant de nouvelles pistes, l'on pouvait craindre et à raison que le geste de cinéma du jeune auteur déjà bien identifié et plébiscité par la critique n'emprunte de mauvaises voies. Le premier opus court La dame au chien tendait déjà le long de ses seize minutes le fil sur lequel le cinéaste allait faire tenir en équilibre des intentions aussi excitantes que risquées, pour le dire un peu sommairement : installer et faire tenir le malaise d'une situation dans laquelle des corps étrangers mis face-à-face vont se rencontrer pour mieux faire apparaître une dimension fantastique du quotidien dans ce qu'il peut avoir de plus élémentaire, de plus anodin, de plus primaire.


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Tell me the story of all these things. Beginning wherever you wish, tell even us.

Le titre de l'exposition et les citations qui en tracent le parcours sont empruntées au roman autobiographique de Theresa Hak Kyung Cha, Dictée, qui évoque son expérience de l'exil à travers un dense réseau intertextuel et une expérimentation sur les rapports du texte à l'image. Les différentes œuvres présentées s'articulent autour de ces questions reprises dans le travail d'une autre artiste Coréenne, Sojung Jun, en résidence à la Villa Vassilieff. A travers des œuvres très diverses mais partageant l'interrogation sur l'identité culturelle et le dépassement des frontières autant culturelles que perceptives, l'exposition déploie une image et un discours de la multiplicité.


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Experimental films from the Low Lands : Studio één

Le dvd « Experimental films from the Low Lands » édité par Re:Voir est consacré à quelques uns des films réalisés entre 1993 et 1999 dans la Studio één, laboratoire de cinéma indépendant notamment spécialisé dans le super 8 fondé par Karel Doing à Arnhem en 1989 aux côtés de Saskia Fransen et Djana Mileta. Cette compilation comporte des films très divers, complétés par un portrait de Karel Doing par Gaëlle Rouard et un entretien filmé avec Louis Benassi, ainsi que par un livret d'une trentaine de pages comprenant des textes écrits par chacun des cinéastes présentés.


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