La mer du sable de Sarah Klingemann

Le cinéma partage avec la poésie la possibilité de faire exister, dans une concomitance qui ne demande a priori aucune justification extrinsèque, des temps et des espaces séparés. Qu'un dedans sans fenêtres apparentes puisse ouvrir sur une extériorité qui se tient loin de lui ne fait que rappeler la liberté gratuite et aventureuse du montage, dont la vocation est sans doute de déplacer des lignes dans le paysages à partir de matières variées, où notre regard peut être guidé et se perdre tour à tour, comme lorsqu'il s'abandonne à un horizon offert tout entier et pourtant retenu dans le secret de sa mystérieuse présence. 


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6X6 de Marine Feuillade et Pauline Lecomte

Les premiers accords agressifs du morceau « Orphans » de Teenage Jesus and the Jerk, les cris de Lydia Lunch qui répondent à la guitare électrique, l’image abîmée d’une silhouette courant sur la route, la carcasse d’un véhicule en flammes illuminant la nuit. Puis le silence, des murmures, la prière d’un groupe de filles appartenant aux Guides Unitaires de France (association scout traditionnaliste), leurs chants pendant une messe célébrée dans la forêt. La texture de l’image est encore très dégradée, comme si la violence, le bouillonnement des premiers plans étaient encore là mais masqués, sous-jacents. Dès la séquence d’ouverture, 6X6 invite le spectateur à se méfier des apparences.


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Missing missing. Emily Mast à La Ferme du Buisson

L’exposition comme chanson qui raconte en pointillé une fiction non-linéaire, gorgée d’émotions à la fois troubles et familières, à la lisière des arts visuels et de la performance. L’exposition comme jeu entre l’absence déclarée – Missing Missing, le titre même du projet curatorial – et multiples signes de présence et réactivation, où les objets ont un statut à jamais hésitant : sculptures ? décors ? poèmes visuels ? fétiches ? énigmes ? L’exposition comme procession rythmée par un refrain que chacun peut s’approprier. Emily Mast envoûte les espaces du Centre d’art La Ferme du Buisson.


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Phénix de Catherine Libert

Une image blanche, ouateuse, dans laquelle deux silhouettes peinent à se préciser. Le flou dans lequel elles sont prises décide de leur forme et donne à ce Phénix qui vient un caractère qu’il épouse dès ces plans liminaires et qu’il va assumer jusqu’à son dernier souffle. C’est l’annonce d’une sorte d’intranquilité du regard, dont les possibilités sont mises à mal et doivent se rejouer à chaque instant. Le film est une vision qui doit se mettre en danger, comme les figures auxquelles il s’attache.


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Chut de Fanny de Chaillé

Plasticienne et scénographe, Nadia Lauro multiplie depuis une quinzaine d’années les collaborations avec des chorégraphes et autres écrivains de plateau. Ainsi Jennifer Lacey, avec laquelle l’artiste a déjà signé plusieurs pièces, Latifa Laabissi, avec qui elle prépare une nouvelle création pour la saison prochaine au théâtre de Nanterre-Amandiers, le fort regretté Alain Buffard, ou encore Vera Mantero, Benoit Lachambre, Emmanuelle Huynh et Fanny de Chaillé.


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Corps diplomatique de Halory Goerger

Les voyants s’allument, les systèmes s’activent, la navette spatiale est sur le point d’entamer une nouvelle trajectoire. Le plateau constitue une excroissance du vaisseau, invraisemblable et pourtant parfaitement assumée par le Corps diplomatique, le nerf de la guerre même et le cœur de son projet interstellaire : le module Jean Vilar, spécialement conçu pour le spectacle vivant et pas seulement pour le théâtre, comme s’empresse à le souligner une membre de l’équipage au journaliste qui s’attarde à faire son reportage à bord juste avant le détachement de la station orbitale.


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Vidéodanse - Rencontre avec Christian Rizzo

Le jeu, qui met en mouvement les espaces du Nouveau festival, se décline à merveille sur les territoires de la danse contemporaine. Serge Laurent, programmateur des Spectacles Vivants au Centre Pompidou, et Valérie Da Costa, historienne et critique d’art, imaginent conjointement une nouvelle édition Vidéodanse qui se saisit de la richesse du concept de « jeu chorégraphique ».


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Epoque de Volmir Cordeiro & Marcela Santander

Elle est grinçante, toute en tensions, insolente et trouble cette Epoque de Volmir Cordeiro et Marcela Santander. Elle exige d’être regardée en face. Sur les traces d’éclaireuses de tout premier ordre, telles Latifa Laabissi ou Eszter Salamon, les jeunes chorégraphes se lancent dans une exploration des archives, en prenant pour fils conducteurs certaines figures féminines de la danse du 20ème siècle.


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Underwritten by shadows still de Silvia Maglioni et Graeme Thomson

Le geste artistique est extrêmement puissant. Sur une invitation d’Erik Bullot, en ouverture de son cycle de programmation Le film et son double, aux Laboratoires d’Aubervilliers, Silvia Maglioni et Graeme Thomson nous convient à une expérience performative d’une rare intensité. Déplacer l’endroit de la performance, le démultiplier et le diffracter. Derrière leurs deux écrans d’ordinateurs, où sont stockés des fonds visuels et sonores – films et musiques, d’Oliveira, Rohmer ou Eustache à Schuman – les artistes reprennent à leur compte les rôles de projectionniste et de musicien accompagnateur, qui renvoient au cinéma des origines.


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Le centre de Guillaume Massart et Julien Meunier

Le regard entre dans le film comme un client dans un centre commercial, par le parking souterrain, ce qui suffit à situer le lieu où va se déployer Le centre : So Ouest, complexe comercial de Levallois-Perret. Le propos est d'en traverser les galeries sur le mode de la promenade, en arpentant les différents espaces aux heures où la clientèle n'est pas affluante, après avoir mesuré le terrain que le film se propose de cartographier lsur l'un de ces plans numériques qui indiquent aux plus pressés où trouver d'emblée la boutique qu'ils recherchent.


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