Borobudur d'Arnold Pasquier

L’architecture, la danse, le désir et le corps, en prise directe — fiévreuse, errante, sensuelle — avec la matérialité d’une ville, Arnold Pasquier dresse un portrait amoureux de Palerme. Le film s’installe d’entrée de jeu, de par son titre même, Borobudur, dans l’écart, dans le déplacement, dans un mouvement trouble et vital. Placée sous le signe d’un conte excessif d’Arthur Rimbaud qui porte à la fois la promesse d’un amour multiple et complexe et laisse s’épanouir, dans le noir profond qui enveloppe l’intimité de cette scène inaugurale, l’ancien motif philosophique de la coïncidence des contraires, la découverte de la ville articule des catégories antagonistes.


Lire la suite
Pour tout bagage on a 20 ans de Camille Degeye

Le film s'ouvre sur quelques rues parisiennes, qui nous sont à la fois très familières, et pourtant suspendues dans un entretemps qui n'est pas le nôtre. Sans doute est-ce l'horizon littéraire dans lequel le film veut s'inscrire qui donne à ces premières images cette dimension toute singulière d'impressions à la fois quotidiennes et inhabituelles. Une manière de reconnaître également que si la littérature nous parle, c'est d'abord et avant tout parce qu'elle parle de nous. C'est la raison pour laquelle elle doit pouvoir être reçue par le dispositif cinématographique, et le nourrir. Pour tout bagage on a 20 ans est ainsi enraciné dans notre présent et signe d'un autrefois dont notre environnement peut se laisser traverser.


Lire la suite
River Lin au 7.5 Club Paris

De Berlin à Paris, de Bruxelles à Glasgow ou encore à Manchester, ses lèvres rouge sang et ses yeux bandés, River Lin sillonne l’Europe depuis bientôt un an, en soignant les maux invisibles et les non-dits des personnes qui participent à sa performance KISS IT BETTER. La rencontre se fait toujours en face à face, le protocole est simple et d’une douceur infinie, le geste artistique se charge d’une efficacité presque chamanique.


Lire la suite
Sexe symbole de Madeleine Fournier et Jonas Chéreau

Que fait cette jeune femme nue à s’affairer avec des réflecteurs, à porter, visser, hisser des lumières dans les hauteurs du plateau ? Et qui se cache, immobile, sous des multiples couches de frusques bariolées, au centre de la scène ?


Lire la suite
MAD(E)LINE de Luna Paese

Le mot MENACE flotte dans l’air, porté, soutenu par un rythme de basse, vaguement ombragé par un bruit fantôme dont le grondement sourd mais insistant sature lentement le paysage dépouillé du plateau. Une petite flamme vive éclate, l’odeur d’encens se répand irrésistiblement. Luna Paese entame sa pièce par une offrande. 


Lire la suite
Meurtrière de Philippe Grandrieux

Dans la continuité de White Epilepsy, dont il reprend en un sens le dispositif de réalisation en lui donnant une direction inédite, le film Meurtrière retrouve la question du monstrueux, qui devient ici une figure en dialogue avec des possibilités plastiques libérées par un geste pictural. Meurtrière en effet, par ses motifs et sa texture, tout en restant dans l'ordre qui est le sien — celui d'une recherche sur l'entrée en présence du corps au cinéma — fait songer tout à tour à Goya et à Bacon, parmi bien d'autres, dans la manière qu'il a de mettre en scène une forme de démembrement des corps en quelque sorte dévorés par la caméra. Cette dimension du cinéma comme dévoration était du reste annoncée à la fin de White Epilepsy, par l'apparition, à la fois violente et épiphanique, dans une lumière inattendue et tranchante, de ce visage de femme à la bouche sanglante.


Lire la suite
Négociations, Chapter 1-i, Em’kal Eyongakpa

Pousser la porte de la Fondation Kadist nous conduit à pénétrer dans un étrange sanctuaire où le monde extérieur nous saisit avec une force insoupçonnée, dans une kyrielle de voix à la fois familières et enchanteresses, tissant les épaisseurs d’une multitude de fictions phonographiques. Le pouvoir du son est augmenté par un traitement de l’espace qui revendique un dépouillement minimaliste, véritable caisse de résonance, avec ses aspérités, tout sauf lisse et impersonnelle, marquée par les traces d’un corps à corps acharné. 


Lire la suite
White Epilepsy de Philippe Grandrieux

Un corps nu, vu de dos, apparait d'abord dans un état de virilité, comme une force contenue et sur elle-même repliée. C'est une carrure, livrée dans une ambiance sonore singulière, qui vient donner un poid supplémentaire au fond obscur sur lequel cette figure solitaire apparait, et dont elle ne pourra se soustraire à aucun moment. White Epilepsy se donne d'emblée comme un mouvement d'étrangeté visuelle et sonore, une abstraction en acte, qui est moins un postulat qu'un procesus et son résultat : un estrangement. Cette décision plastique est une manière de reconduire le corps à sa seule présence, de le chercher au lieu-même de son immédiate puissance d'expression.


Lire la suite
INDEX d'Emily Mast

Ses interventions performatives étaient très attendues. L’instant, le vivant, voici son terrain de prédilection, même si le projet curatorial MISSING MISSING au centre d’art contemporain La Ferme du Buisson nous a montré qu’Emily Mast arrive parfaitement à négocier la temporalité longue d’une exposition monographique.


Lire la suite
Ah ! Oh ! A Ritual de Kat Valastur

Après avoir puisé pour ses précédentes créations dans les courants souterrains de l’Odyssée d’Homère, Kat Valastur semble regarder pour cette nouvelle pièce du côté de la descente graduelle de l’Inferno de Dante. Le motif du cercle rythme le travail, repris jusqu’à l’épuisement, il laisse progressivement filtrer sa puissance archétypale.


Lire la suite