Jocs de paraules de Erik Bullot

 L'exposition Jocs de paraules ("Jeux de mots", en catalan) présentée au Museu de pintura de Sant Pol de Mar prolonge le travail d'Erik Bullot, qui depuis les années 80 explore les passages et transcodages du visuel et du verbal. Jocs de paraules assemble des œuvres sur divers supports, mais toutes orientées vers cet entrelacement du mot et de l'image, qui a pour point de fuite une vision ouverte du cinéma : y sont présentés des films sur support vidéo, des photographies, et des "films papier", soit des feuillets où sont réunis des textes originaux ou des citations et des images trouvées, sortes de scénarios conceptuels de films réels ou virtuels (mais tout film est en quelque sorte virtuel, c'est là le fil conducteur de l'exposition).


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Postérieurs (le futur n’existe pas mais des futurs insistent) de Pauline Simon

Laissons nous prendre par l’espace sans cesse reconfiguré, mouvant et aux propriétés diffuses, de la nouvelle création de Pauline Simon, tout en gardant à l’esprit le sous-titre de la pièce, qui fait directement référence aux recherches du philosophe Elie During dans le sillage d’Henri Bergson. La jeune chorégraphe s’entoure de trois collaboratrices. Ensemble elles écrivent un récit sinueux, non-euclidien, protéiforme, au souffle cosmogonique, qui embrasse la fin des temps tout en étant profondément ancré dans l’ici et maintenant de la relation immédiate avec les spectateurs.


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Handsworth Songs du Black Audio Film Collective

Handsworth Songs (1987) est le second film du Black Audio Film Collective, dirigé par John Akomfrah. Cet essai documentaire explore, à partir de faits d'actualité – les émeutes des minorités noires ayant eu lieu à Handsworth, Birmingham, en septembre 1985 - un imaginaire colonial conçu comme hantise, en agençant un faisceau de discours et de représentations qui traduisent la complexité de l'identité diasporique qui s'est alors exprimée par la violence. Plutôt que de faire directement le récit des révoltes, le film voit le présent comme traversé par une multiplicité de récits : « Il n'y a pas d'histoires dans les révoltes, seulement les fantômes d'autres histoires », entend-t-on à plusieurs reprises au cours du métrage.


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UJAMAA de Kapwani Kiwanga

Le parti pris de l’exposition monographique de Kapwani Kiwanga au Centre d’art contemporain La Ferme du Buisson est radical. Il entretisse des temporalités hétéroclites pour étoffer cette passionnante réflexion que l’artiste mène sur le pouvoir des croyances, sur les territoires mouvants où le magique et les savoirs vernaculaires côtoient les utopies sociales, la propagande et la volonté politique.


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Tout est affaire de décor de Pierre Ardouvin

Dans la lumière cruelle du jour filtrant dans le hall du MAC/VAL, de lourds canapés fatigués, décrépis, aux ressorts qui menacent de déchirer les tissus rongés jusqu’à la trame, font leur manège sur les accords des Quatre Saisons d’Antonio Vivaldi. Leur lente révolution permet d’embrasser d’un regard circulaire quelques éléments épars, artificiels et domestiqués, d’un paysage générique. Ainsi le Soleil couchant (2005), tout en néon et plexiglas, ou encore le Ruisseau (2005), avec ses rochers en plastique et sa pompe au bord de l’épuisement qui entraine l’eau dans un circuit fermé.


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J'ai mis neuf ans en ligne de Frédéric Danos : Un film sur le fil

 Frédéric Danos commence par réaliser des films de fiction, mais se sent poussé vers le documentaire par un désir d'interroger le réel et le rapport à l'autre. C'est là le point de départ du récit documentaire et performatif (mais ne pourrait-on pas aussi bien parler tout simplement de film ?) J'ai mis neuf ans à ne pas terminer, qui se scindera en de nombreux faisceaux et embranchements. L'inachèvement dont Danos fait état n'est pas ici une impuissance, mais plutôt la reconnaissance du réel comme non-fini, comme processus ouvert à la discussion, à la potentialité. C'est dans ce sens une évolution logique du film, d'abord présenté sous une forme que l'on pourrait dire scénique (le cinéaste, présent dans la salle, devant l'écran, commente les neuf séquences du film qu'il va projeter une à une), que d'être proposé depuis juin sous forme de visionnage sur internet guidé par téléphone.


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X-Event 2.6 (d'après le protocole Le goût) par Les gens d'Uterpan

Le cadre est parfaitement choisi : après un tortueux et passionnant parcours à travers l’histoire du médium photographique, les visiteurs de l’exposition imaginée par Jan Dibbets, La Boîte de Pandore, arrivent dans les dernières salles, où les procédés de cet art excèdent le cadre de la feuille de papier, poussé vers l’exploration d’une troisième dimension. Les formats sont plus grands, le champ du regard plus aéré. Pourtant des courants troubles parcourent l’espace.


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Festival de l'inattention

Le statut de ce texte est incertain. Il pourrait très bien s’apparenter à une fiction. Tant le rapport à l’œuvre d’art privilégié par Sophie Lapalu, dans son choix des artistes invités, est diffus, à la fois entêtant comme une ritournelle, insistant, comme un cailloux dans la chaussure (1) et furtif, mobilisant davantage le regard périphérique, l’écoute distraite, à même de se laisser happer par une invitation saugrenue, aménageant de véritables plages au hasard.


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CAMPING 2016

Retour sur les workshops de Xavier Le Roy et Sophie Perez.

L’énergie exubérante, orageuse est au beau fixe. Véritables bêtes de scène, les campeurs de Sophie Perez trépignent déjà derrière le rideau à moitié levé qui marque les coulisses de fortune du Point Perché au Palais de Tokyo. La déferlante qui s’en suit est phénoménale, elle ne représente qu’une infime partie de la richesse des expériences traversées pendant cette semaine de travail.


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Côté court, quelques notes sur le son

Si au cinéma l'attention se porte le plus souvent sur l'image, il est important de noter que le son joue à parts égales dans l'expérience audiovisuelle. Outre l'importance accordée à la musique dont témoignent les "Soirées (A)live", certains des films vus (et entendus, ou "audio-vus" pour parler comme Michel Chion) au Festival Côté Court cette année présentent un travail sonore particulièrement intéressant. 

 


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