Éditorial
L'art et les formes de la nature

En mars 2020, un nouveau projet autour des pratiques artistiques contemporaines se met en place en collaboration avec le Collège des Bernardins. Il se présente sous la forme d'un séminaire de recherche autour des arts visuels contemporains. Iintitulé L'art et les formes de la nature, cette action de recherche et de programmation vise, comme la précéedente (L'art tout contre la machine), à faire diaolguer un artiste et un chercheur autour d'une pratique artistique singulière, et qui a en propre de se chercher encore. Deux laboratoires universitaires sont également associés à ce projet, le CIEREC (Université Jean Monnet de Saint-Etienne) et le RIRRA21 (Université Paul Valéry Montpellier 3).

Dans quelle mesure les artistes nous invitent-ils à considérer les espaces naturels, qu’ils relèvent du paysage ou de l'interstice, comme le lieu d’une hospitalité reçue à laquelle il appartient à chacun de veiller ? Bien des œuvres procèdent d’un partage du don et de la gratuité – deux dimensions selon lesquelles la nature aussi s’offre à notre attention – et nous invitent à poser sur le monde un regard enfin débarrassé de l’habitude et de l’intérêt qui le traversent très souvent. Le souci de la nature, tel qu’il s’exprime chez les artistes, mais aussi chez nombre de philosophes contemporains, est corrélatif d’une inquiétude pour l’homme, qui donne lui aussi à voir de manière particulièrement nette la fragilité du sensible, quand il n’en porte pas les stigmates.

A cet égard, ce séminaire qui entend se structurer autour des liens complexes et divers entre art et nature, devra accorder une place importante à la question du corps et à ce qu’il dit de notre manière d’être au monde aujourd’hui. Le concept de nature, hérité de la philosophie classique et des sciences du XVIIIe siècle, repose sur une distinction entre nature et culture qu’il convient aujourd’hui d’interroger. Le concept même de nature est ainsi frappé d’une ambiguïté intrinsèque. Le sujet de la connaissance, en posant la nature comme objet, s’en éloigne de manière irrémédiable. Les distinctions nature/culture, sujet/objet, qui opèrent dans le cadre d’une rationalité scientifique, sont-elles pertinentes pour penser les rapports que les actes de création artistiques tissent avec la nature ? Rien n’est moins évident. Le projet de ce séminaire est en tous cas de questionner l’efficience de telles dichotomies, qui ont fortement déterminé la pensée occidentale, pour comprendre le monde dans lequel nous vivons.

Pour bien des artistes, la nature n’est ni une question, ni un terrain d’enquête, mais la source même à laquelle il faut puiser. Les œuvres d’art ne se jouent pas devant la nature, mais en son sein et dans un constant échange avec elle. Les créations naturelles sont artistiques et les créations artistiques sont naturelles. « Le dialogue avec la Nature reste pour l’artiste condition sine qua non » remarquait en ce sens Paul Klee dans la Théorie de l’art moderne. Et un tel dialogue est sans doute ce qui fait du champ artistique un espace où le regard est naturellement attentif à la nature et où il nous est donné d’expérimenter une résistance effective au poids que font peser sur nos régimes d’existence la domination technologique du monde.

La première séance est fixée le 10 mars prochain, et ouvrira le séminaire sous les auspices de l'oeuvre de Jacques Perconte, qui est traversée par l'ensemble des problématiques que nous souhaitons affronter. Elle sera suivie le le 21 avril 2020 par une rencontre avec Stéphane Dabrowski, le 5 mai par une séance autour des travaux de Pierre VIllemin et le 2 juin, par une projection de films de Pierre Creton.


| Auteur : Rodolphe Olcèse

Publié le 14/02/2020