La résistance des corps

J’ai évoqué dans des textes précédents (« Le film et la danse », « L’art est mineur ») les corps du cinéma, ces corps pris dans des images. On pourrait analyser, voire juger les films à l’aune du traitement qu’ils réservent aux corps qu’ils sollicitent : les font-ils apparaître ou cherchent-ils au contraire à les escamoter ? Les respectent-ils ? Les contraignent-ils ? C’est en faisant du cinéma que j’ai découvert ce qu’est une expérience, ce que ce mot recouvre. Je lui préfère d’ailleurs son synonyme, un des mots les plus beaux et les plus importants de la langue française : une épreuve. Concrètement, le cinéma n'est ni un art ni une technique (ce sont les philosophes qui en parlent ainsi), mais un dispositif qui vous saisit, où les confrontations physiques aux espaces, aux machines, aux acteurs, aux techniciens, aux passants, jusqu’aux producteurs que vous rencontrerez dans leur bureau sont décisives. Car tous ces corps vont résister âprement et heureusement à leur mise en images. Fabriquer un film, c’est faire avec cette résistance des corps et la donner à voir, à percevoir. C’est au final la vraie, la seule matière du cinéma.


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Tarr Béla, I Used to Be a Filmmaker de Jean-Marc Lamoure : le film et la danse

Avant d’avoir affaire à des images, qu’il reçoit de la machine et qui n’arrivent qu’assez tardivement dans le processus de création d’un film, un cinéaste se confronte à des corps de toutes sortes. Son expérience singulière, proprement cinématographique, l’expérience de la fabrication d’un film n’est pas immédiatement plastique, figurative. Elle est avant tout matérielle, consistant à trouver ou à inventer des espaces, à s’y placer, s’y déplacer à la recherche d’une lumière ou d’un geste.


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