La Ribot : Another Distinguée

Etres insaisissables enveloppés par l'obscurité, grands fauves aux désirs inassouvis qui rodent au plus près des spectateurs dans la nuit du plateau, La Ribot et ses deux compagnons, Juan Loriente et Thami Manekehla, mènent une puissante virée sombre. Another Distinguée charrie quelque chose d’épais, de tranchant, de volontairement insoluble.


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Fondation Kadist : Recouvrir, ensabler, copier, traduire, restituer

Du Mexique au Philippines en passant par Londres, Athènes ou encore la Syrie, les artistes réunis par Emilie Villez et Sophie Potelon à la Fondation Kadist s’intéressent aux multiples vies des artefacts, empruntent les outils des archéologues et des historiens, engagent des recherches qui déplient les différentes temporalités à l’œuvre au fil des parcours de ces objets témoins. Les écarts se montrent prodigieusement fertiles entre l’impassibilité des marbres et l’immédiateté du geste chorégraphique, entre l’urgence furtive des slogans inscrits à même les murs d’une capitale et la stabilité harmonieuse des cités utopiques imaginées à la Renaissance, entre le silence protecteur des sables du désert et la fulgurance de la furie destructrice d’un conflit armé. En creux se dessinent des métamorphoses physiques, des circulations sémantiques et juridiques, des rapports de forces – à la fois symboliques, matériels et géostratégiques – terriblement actuels.   

 

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Malika Djardi : Horion

La langue claque dans la bouche, les cuisses claquent contre la dalle de béton brut, les baguettes claquent sur les membranes de caisse claire. Mené avec espièglerie, frénétiquement, Horion multiplie les coups. Empruntant à tour de rôles aux codes des films de genre, à l’exotisme et à la déconstruction, différents imaginaires se heurtent allégrement dans la création de Malika Djardi.


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Paula Pi : Ecce (H)omo

Le travail sur les archives semble un passage obligé pour plusieurs jeunes chorégraphes de la scène actuelle. Paula Pi s’acquitte avec bonheur de toutes les complexités de l’exercice et signe une création magistralement incarnée, qui laisse frémir toutes les potentialités d’une rencontre sans cesse recommencée. Ecce (H)omo se situe à l’endroit de l’écart et de la métamorphose.


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Dana Michel : Mercurial George

Ses pièces agissent comme de véritables déflagrations, bousculent les codes du regard, interrogent le statut quo et les stéréotypes, vont chercher du côté des points aveugles de la représentation, ramènent sur le devant de la scène un propos éminemment politique, complexe, foncièrement incarné. Yellow Towel marquait son irruption dans le paysage de la danse contemporaine européenne saluée par un prix spécial lors de l’édition 2014 du festival ImPulsTanz. Dana Michel signe avec son dernier opus, Mercurial George (2016), une création trouble, âpre, profondément bouleversante.


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Marco Berrettini : iFeel4

Les ingrédients sont très forts. Chacun risquerait d’induire une orientation univoque, pourtant Marco Berrettini réussit à merveille sa mixture. La nouvelle création, dernier opus de la série iFeel procède d'une ambiguïté troublante, subversive, accueille les contradictions patentes, multiplie les niveaux de réception et les strates d’affects.


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Gaëlle Bourges : Lascaux

Remontant à rebrousse poil l’histoire de l’art et des représentations, toujours prête à démasquer les discours dominants qui persistent et finissent par s’imposer au sens commun, attentive au frémissement silencieux, mutin, de la présence des femmes dans cet univers encore largement soumis à la pulsion scopique masculine, Gaëlle Bourges bâtit une œuvre salutaire dans le paysage chorégraphique hexagonal. Minority Studies, développements récents des théories du genre, références savantes à des peintures qui continuent de peupler l’imaginaire contemporain trouvent sur le plateau des formes toujours justes, empreintes d’humour, terriblement incarnées, subversives.


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Marco Berrettini : iFeel3

Le pouvoir hypnotique de iFeel2 semble relâcher son emprise dans iFeel3. Le subtil venin distillé par cette nouvelle création de Marco Berrettini est autrement toxique. Le cercle s’élargit à quatre performers, les boucles répétitives deviennent ellipses où la figure géométrique entre littéralement en conjonction avec le procédé rhétorique, car la trajectoire sans cesse reprise par les danseurs inclut une part aveugle, un manque, une soustraction. Cycle de l’éternel retour, jeu de différences et de répétitions, révolutions en biais autour d’un axe constitué par l’estrade où la musique est produite en live.


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VOLMIR CORDEIRO : L’ŒIL LA BOUCHE ET LE RESTE

La gourmandise est éclatante. Les yeux s’écarquillent, les bouches restent longtemps ouvertes dans des grimaces qui figent les visages et découvrent des dents voraces. Les bras et les jambes se raidissent et s’écartent comme pour embrasser le monde. La succion est redoutable, semble répondre à un impératif absolu, en prise au centre même du corps, qui en mobilise tous les ressorts physiologiques et imaginaires – absorption furieuse, résolue, à grande échelle – peut être trop volontaire ? 


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Mel O’Callaghan : Dangerous on-the-way

La descente est vertigineuse. Ce travelling vertical nous entraine dans le secret des strates minérales. La poésie compacte des titres des projets plus anciens menés par l’artiste en Australie nous revient à l’esprit : Each Mineral Flake Of That Night Filled Mountain (2011), Each Atom Of That Stone In Itself Forms A World (2010). La fluidité du mouvement et l’abstraction de l’image nous font perdre pied. Il y va d’une plongée dans les profondeurs de la matière géologique mais aussi visuelle. L’amorce sensorielle de Dangerous on-the-way est redoutable : face à cette projection qui investit toute une paroi de l’espace sombre imaginée par Mel O’Callaghan au cœur de son exposition au Palais de Tokyo, le sol commence à se dérober, nous nous retrouvons comme en apesanteur.


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