Le cinéma, un art plastique, de Dominique Païni

Comme tous les champs de la création, le cinéma communique avec les autres arts, et de manière privilégiée avec la peinture. Le cinéma, un art plastique est un recueil d’articles qui pose la question des relations du film, sans pour autant mettre un accent particulier sur un cinéma plasticien, avec l’espace muséal. Il ne s’agit pas tant en effet pour Dominique Païni de montrer que le cinéma se nourrit et se laisse transformer par une plasticité empruntée à un autre horizon que le sien, mais d’affirmer qu’il engage un faire qui a toute légitimité à rejoindre les cimaises des musées, cet espace différent de la salle et qui peut induire un regard neuf, poser autrement la question de l’épreuve d’un film dans sa temporalité. Le cinéma n’a pas besoin de changer ses formes habituelles pour justifier son passage à de nouvelles modalités de monstration. En tout état de cause, les œuvres du patrimoine cinématographique gagnent à être perçues en direction des formes, qu’elles relèvent de la peinture, de la littérature ou de la musique, avec lesquelles elles échangent constamment. C’est naturellement que le cinéma va au musée.

Le vif de l’ouvrage de Dominique Païni consiste précisément à montrer avec quoi les films communiquent, ce qui est une façon de mettre en évidence en quoi ils peuvent engager un travail proprement plastique. Ainsi, le cinéma italien du début du 20e siècle dessine des formes qui trouvent davantage d’équivalent dans l’histoire de la peinture italienne, et pour cause, que dans le sillage tracés par les images en mouvement proposées par un art encore balbutiant. Et il faut sans doute regarder du côté d’Ovide pour comprendre la singularité des gestes d’un cinéaste comme Jacques Tourneur. Au delà des références et du lien à un passé éclairant pour une pratique actuelle, la problématique est celle d’une manière picturale du cinéma, qui peut être évoquée à l’occasion d’œuvres d’horizons divers. Le texte intitulé « les égarements du regard », analyse ainsi comment le cinéma d’Alfred Hitchcock a multiplié les opérations de « montrage » en mobilisant des techniques empruntées à la figuration picturale. A l’inverse, le chapitre consacré à Auguste et Jean Renoir montre de manière particulièrement saisissante comment les puissances du cinéma sont comme demandées et en attentes dans certaines peintures d’Auguste Renoir.

Dominique Païni interroge le lien du film au musée depuis sa propre expérience de commissaire, puisqu’il a lui-même été à l’initiative de plusieurs expositions du cinéma, notamment à la Cinémathèque Française. Comment ne pas évoquer, dans ce chemin de pensée, le cas Pompidou / Godard, qui aura été à la fois l’expérience d’une impossibilité et le franchissement d’un pas au-delà dans l’histoire des relations entre le cinéma et l’institution muséale ? Dans un texte rétrospectif sur un commissariat avorté trois mois avant l’ouverture de l’exposition, Dominique Païni revient sur cet événement inouï que Jean-Luc Godard, grand poète du cinéma, a pu provoquer dans un espace qui ne pouvait fondamentalement pas répondre à ses attentes : créer du possible en mettant en scène les ruines du cinéma. Que peut encore le cinéma ? Toute la force de la posiiton de Dominique Païni est de montrer, en compagnie d'Abbas Kiarostami et d'Alice Anderson notamment, que le cinéma continue de se mettre en œuvre lorsqu’il pousse les portes du musée, et peut trouver dans ce mouvement, qui n’est pas, tant s’en faut, le propre de la modernité, le motif même de son renouvellement.

Le cinéma, un art plastique, Yellow Now, 2013 - 17 €


| Auteur : Rodolphe Olcèse
| Lieu(x) & Co : Yellow Now

Publié le 29/11/2013