Anne Lise Le Gac et Arthur Chambry / FORCE

Force est de constater cette manière extrêmement jouissive d'utiliser le plateau de danse qu'Anne Lise Le Gac a fait sienne depuis GRAND MAL. Espace de recherche et de transformation, foncièrement mouvant, propice aux frictions en tous genres entre des matières textuelles, sonores et plastiques, où la danse fait irruption et pointe des questions vitales. Territoire aux règles du jeu sans cesse redéfinies, où les éléments fertiles coexistent à l'état d'outils, de matières et de fantasmes et où le travail s'opère dans la fissure.

DUCTUS semble être le mot clé de cette nouvelle création. Il a valeur programmatique, encourage à privilégier le trajet, la pensée en déplacement, non pas le plan. Il s'impose avec l'évidence de la force gravitationnelle pour évoquer cette façon de se frayer un chemin à l'intérieur d'une composition que revendique Anne Lise Le Gac pour sa recherche.

Des pelures de mandarine, une fontaine alcaline aux dépôts blanchâtres, un gong recouvert de matières agglutinées, des lignes sinueuses qui strient le plateau, une plaque chauffante, l'odeur et l'éclat joyeux et impromptu de popcorn dans une poêle. Une esthétique qu'on pourrait imaginer tributaire de la tradition de l'art contemporain de la West Coast, des références savantes à Tim Ingold et à Donna Haraway, un chanteur d'oiseaux marseillais, les percussions d'Arthur Chambry, un mythe ancestral de la terre comme une partition de musique… La mise en regard de ces matières disparates ouvre des pistes vertigineuses. Fidèle à sa recherche nourrie par l'hypothèse d'une performance vernaculaire, Anne Lise Le Gac fait un éloge des feux de camp qui peuvent s'allumer et s'éteindre à peu près n'importe où. Qu'elle soit affairée à sa tâche de patiente traceuse de lignes qui redéfinissent l'expérience du plateau, attentive aux signaux de basse intensité à l'entrecroisement de rides ou encore électrisante quand elle frappe de toutes ses forces le gong amplifié, l'artiste parvient à nous rendre à l'évidence de la justesse de son chantier.

Cette nouvelle édition du festival Parallèle s'achève donc sur une étape de travail performée et le constat empirique d'Anne Lise Le Gac - il est devenu difficile de tenir en place - pourrait synthétiser l'engagement d'une manifestation radicalement ouverte à ceux.celles qui se savent multiples, complexes, mêlé.e.s, bâtard.e.s, aux artisans d'un monde sensible et collectif, résolument à suivre !

étape de travail peformée présentée à la Friche la Belle de Mai dans le cadre du festival Parallèle

Marseille février 2019


Crédits photos : Margaux Vendassi, Anastasia Blay

Publié le 09/02/2019